Les églises, fossoyeurs des nations occidentales
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(Cet article de blog a été publié pour la première fois le 16.03.22. Le 05.05.23, un nouveau site web du « Forum Civique Suisse » a été mis en ligne et le nouveau projet « Pfarrer-Check » a été lancé. Comme ce texte sur les Eglises d'Etat sécularisées est constitutif de la crise actuelle en Suisse et dans la culture occidentale, l'article est republié à la date du 06.05.23).
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On sait que la plupart des Eglises d'Etat sont à bout de souffle. Les membres s'en vont en masse. Les sorties d'Eglise atteignent des sommets. Il ne reste souvent que des murs froids.
Les responsables ecclésiastiques réorganisent leurs vaisseaux qui se vident de leur substance et vendent l'argenterie. Ils peuvent ainsi prétendre que leurs églises vivent encore un certain temps. Mais la plupart des paroisses réformées, et de plus en plus de paroisses catholiques, sont suspendues à la machine cœur/poumons. Elles n'ont pas assez de force spirituelle pour vivre et grandir. La proximité de l'Etat, les alliances avec l'esprit du temps, une pincée de diaconie et un reste de morale chrétienne maintiennent l'activité de manière précaire.
Comment en est-on arrivé là ? En dépit des erreurs et des confusions, l'Église judéo-chrétienne a marqué la société et l'État pendant des siècles. L'immense essor culturel, économique et politique de l'Occident est dû en premier lieu à la doctrine et à la pratique chrétiennes.
L'homme : la mesure de toute chose
Le déclin des églises a commencé au moment où le jugement humain a été défini comme le guide de la vie ecclésiale. L'« Église de Dieu », qui tirait ses commandements de la Bible, est devenue l'« Église de l'homme raisonnable ». Cela a radicalement changé la mission. Auparavant, les ecclésiastiques avaient pour mission d'enseigner au peuple comment bien vivre et bien mourir afin d'échapper au juste châtiment dans l'au-delà. Les églises étaient des constructeurs de ponts vers le ciel.
En revanche, l'homme conditionné par les Lumières ne pouvait plus rien faire du ciel et de l'enfer. Son esprit ne pouvait rien savoir de précis sur ce qui se passe après la mort. C'est ainsi que la question existentielle de l'éternité a été bannie du discours public et de l'enseignement. Il ne restait aux peuples qu'une dose minime de morale bien-pensante. Désormais, il s'agissait de traiter son prochain comme on aimerait être traité soi-même.
Les bonnes intentions et un peu d'humanité sont un mauvais matériau de construction pour une société forte et florissante. La situation s'est encore aggravée lorsque le personnel ecclésiastique s'est lui aussi laissé séduire par l'humanisme éclairé. Le personnel ecclésiastique sécularisé a ainsi assumé une mission qui, à long terme, ne pouvait que le conduire à l'insignifiance sociale et politique. Pourquoi les masses devraient-elles continuer à fréquenter des églises qui brandissent sans force et sans sève de petits vestiges de bienséance ?
Chasser le diable par le Belzébuth
Pour dissimuler leur nullité, de nombreux pasteurs et une masse de fonctionnaires ecclésiastiques se sont mis à adopter les valeurs célébrées par la société. Ils pensaient qu'en hurlant avec l'esprit du temps, les mouvements de fuite pourraient être stoppés. Ils se sont ainsi retrouvés, contre toute attente, dans une violente spirale descendante. Les mélodies de l'esprit du temps ont en effet changé fréquemment et radicalement. Tantôt les églises d'État flirtaient avec les seigneurs de guerre impériaux, tantôt avec les colonialistes. Plus tard, avec les nazis. Puis avec les capitalistes. Puis à nouveau avec les communistes. Puis avec les soixante-huitards, qui ont porté l'égomanie, le sexe libre et l'avortement au pinacle. Puis ils se sont livrés à la diabolique confusion des genres et à la prévision d'une catastrophe climatique imminente.
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Les sermons se réduisent à des exposés politiques ou psychologiques qui se terminent par un amen. Enfin, les auditeurs doivent encore avoir le sentiment d'être dans une église !
Les responsables d'églises humanistes refusent naturellement de reconnaître qu'ils ne construisent pas le royaume de Dieu, mais le royaume de l'homme. Ils ferment les yeux sur le fait que dans leurs grands édifices religieux, il n'y a presque plus que des personnes âgées, dont beaucoup veulent échapper à leur solitude au café de l'église. En contrepartie, ils acceptent aussi de subir des « sermons » insignifiants ou déroutants.
Déficits des Eglises en matière de RP à l'époque de la crise de la Corona
Depuis le siècle des Lumières, la plupart des églises d'État sont passées du statut de solutionneur de problèmes à celui de problème. Il n'est donc pas étonnant qu'elles aient fait un mauvais coup lors de la crise de la Corona. Les deux années qui se sont écoulées depuis le lockdown du 16 mars 2020 ont mis en évidence de manière drastique l'insignifiance de l'Eglise d'Etat. La crise de la Corona aurait appelé à des paroles et des actions courageuses de la part de l'Eglise. Finalement, rien qu'en Suisse, 30'000 morts ont été considérés comme possibles, comme l'a constaté l'épidémiologiste Marcel Salathé dans une interview accordée à la NZZ le 2 février 2020. Le professeur Adriano Aguzzi de l'hôpital universitaire de Zurich en a rajouté une couche dans la Weltwoche n° 13.2020 : « Nous attendons 60'000 décès d'ici juillet ». Au niveau international également, les signes annonçaient la tempête : ainsi, les prévisions de l'épidémiologiste britannique et conseiller du gouvernement Neil Ferguson menaçaient l'Angleterre de 500'000 morts (Tages-Anzeiger 07.05.20). Et Bill Gates a prédit 10 millions de victimes pour l'Afrique si les politiques ne suivaient pas les consignes de l'OMS. (Tages-Anzeiger 02.05.20).
Dès le début de la crise, les ecclésiastiques auraient donc dû sonner le tocsin afin d'informer, de motiver et de réconforter la masse des condamnés à mort pour leur dernier voyage. Mais les églises sont restées largement silencieuses. Il y a bien eu ici et là des prédications pertinentes, des actions diaconales, des articles, des appels, des livres, des paroles pour le dimanche, des commémorations des morts avec des bougies aux fenêtres et sur la Place fédérale, etc. Mais il n'y a pas eu de discours public global sur les défis de la mort, du pardon, de la réconciliation avec les hommes et Dieu, de la mort, du jugement dernier et de l'éternité. Ainsi, les masses, mises en quarantaine, sont restées sans parole publique. C'est compréhensible ! Les Eglises d'Etat ne peuvent en effet pas communiquer de manière crédible sur ce que la plupart de leurs collaborateurs considèrent comme des contes et des mythes.
Un autre domaine récemment discuté dans les grands médias illustre également les dommages incommensurables que les « églises bien-pensantes » infligent au peuple. Au tournant des années 21/22, le Tages-Anzeiger et la NZZ ont consacré de grands articles à la situation catastrophique des enfants et des adolescents dépressifs et suicidaires, qui ne trouvent pas de place pendant des mois en raison de cabinets et de cliniques surchargés, tant en ambulatoire qu'en stationnaire.
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Des masses d'enfants malades mentaux ! Des adolescents qui tentent de se suicider. Des parents désespérés à la pelle ! Un système hospitalier et thérapeutique débordé depuis un an et demi ( !). Et qu'est-ce que les églises ont à dire au public à ce sujet ? Une fois de plus, un silence de mort.
Qui d'autre, si ce n'est les gens d'église, devrait proposer une solution pour surmonter les peurs, la panique et la dépendance ?!
Il est clair, au plus tard à ce moment-là, qu'une église qui n'a pas de message sur l'au-delà n'a pas non plus grand-chose à dire dans ce monde. L'humanisme, c'est-à-dire la bienveillance, est dépassé et sans force face aux crises humaines existentielles. Heureusement, il y a des exceptions ! Des pasteurs isolés qui ne sont pas tombés dans le piège du pseudo-évangile humaniste. Qui, malgré de grandes résistances, accomplissent leur travail dans le royaume de Dieu. Il existe en outre une multitude d'églises libres, grandes et petites, qui ont également refusé de suivre la voie fatale du christianisme éclairé. Mais ces églises sont rarement très médiatisées. Et si c'est le cas, les journalistes et les spécialistes les ridiculisent, les stigmatisent et les marginalisent en les qualifiant d'éternelles et de biblistes.
« Comme on fait son lit, on se couche ! » Les cultures ont le droit de périr. Si l'Occident ne veut plus du christianisme qui a façonné la culture depuis plus de 1700 ans, il a le droit de le rejeter. Mais celui qui pense que la nouvelle voie choisie apportera alors le même degré de liberté, de force d'amour et de vie, d'épanouissement culturel, économique et politique, se verra élémentairement trompé !